Thérèse Clerc, « L’amazone aux cheveux blancs »

„Ce que j’aimerais, c’est de mettre en chantier une chanson. J’ai déjà trouvé le refrain: Si toutes les vieilles du monde vous laissent leur dynamen, ça ferait une bombe pour de nouveaux matins.“

(Thérèse Clerc, dans: Parlez-moi d’amour, 3e partie de Le meilleur est à venir, le 22 avril à 23h25 sur ARTE)

J’ai connu Thérèse il y a deux ans: une femme pleine d’énergie et de nouvelles idées, mais aussi d’amour et d’amitié. Elle se disait une « révolutionnaire », et sans doute Mai 68 était son point de référence. Elle avait grandi dans une famille catholique et marié très jeune un homme plus vieux, avec lequel elle avait 4 enfants. « Et si je n’avais pas assez d’argent pour les enfants, il fallait que je sois très gentil avec mon mari. » Chez les prêtres ouvriers elle découvrait Marx et Engels. Et après, c’était la révolte des femmes: « Nous sommes sortis de divers prisons, du langage, de la pensee, du corps, et c’etait comme des oeufs qui etaient enfermes dans leur coquille pendant tres longtemps, et qui d’un seul coup explosaient. Nous étions toutes dans l’obeissance, on disait toujours oui, et d’un coup on a dit non. »

Une femme libre

Thérèse se libérait à 40 ans, « collectivement, avec d’autres copines » – elle se sépare de son mari, et dans son petit appartement à Montreuil, tous les intellectuels de gauche, les féministes, les politicens, les artistes se donnent rendez-vous aux « fêtes chez Thérèse ». C’était aussi une libération physique: Elle aimait désormais des femmes et découvrait le « miracle du clitoris ». Un vrai avantage quand on avance en âge, disait-elle, puisque les femmes vivent en moyenne 10 ans de plus que les hommes!

Thérèse Clerc © Sabine Jainski
Thérèse Clerc © Sabine Jainski

En 2000, Thérèse fondait la « Maison des femmes » à Montreuil, qui porte aujourd’hui son nom. Depuis, elle se lançait dans l’aventure d’élaborer le premier projet de cohabitation pour les femmes âgées, Les Babayagas. C’est là où on tournait en Octobre 2014 l’ouverture de l’Unisavie – l’Université du Savoir des Vieux, ouvert à tout le monde, sous le slogan: « Vieillir vieux c’est bien, vieillir bien c’est mieux! » Elle disait: « Je voudrais éviter les animations que je vois dans les maisons de retraite et qui souvent me désespèrent, et je me dis, on voudrait pas mourir idiotes, donc on pourrait se faire une université populaire. »

Le dernier amour

Thérèse invitait les gens à raconter leurs histoires d’amour, surtout les histoires du dernier amour. « Il y a beaucoup de récits sur le premier amour, l’émotion du premier amour, mais qui fait le récit de son dernier amour, comment est-on sûr du dernier amour? » Elle était tombée amoureuse d’une femme un an avant, et elle savait que c’était son dernier amour. Elle avait raison: Le 16 février, « l’amazone aux cheveux blancs » est morte à l’âge de 88 suite à un cancer ravageux.

Thérèse Clerc mit dem Team @ Björn Geldermann
Thérèse Clerc mit dem Team @ Björn Geldermann

Thérèse ne vivait pas exclusivement en couple, mais elle avait des relations partout: les amis et amies, la famille, les enfants de son ventre et les enfants spirituels, les militantes, les artistes, les politiciens, les jeunes et les vieux. Elle était une vraie artiste en vie – et un modèle pour un autre âge. Notre film Parlez-moi d’amour lui porte hommage:

« Plus tu vieillis, plus la minute présente prend de l’épaisseur, parce que la minute présente va être rare, la mort est au bout du chemin, et le chemin se raccourcit tous les jours. Donc la minute présente n’a pas de prix, il faut que je la travaille comme une artiste, la minute présente. Et je trouve que l’art de vivre, c’est de communiquer avec l’autre, par tous les moyens qui nous sont donnés, par les cinq sens, la parole surtout, mais aussi le toucher. »

Découvrez Thérèse Clerc dans notre documentaire Parlez-moi d’amour, le 22. April sur ARTE!

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